Communauté de Paroisses St. Gabriel Val de Sarre Nord

 

 

 

Eglise

Prêtres : l’inquiétude du pape Léon XIV

 

Lundi 9 février 2026, Léon XIV a adressé un message aux prêtres de Madrid, réunis autour de leur archevêque. Ses propos, qui dépassent le cadre espagnol, constituent une réflexion sur le sacerdoce, dans laquelle Arnaud Alibert, assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix, discerne, dans sa chronique SUR LA TERRE COMME AU CIEL, à la fois confiance et inquiétude.

 

La chose n’est pas nouvelle : être prêtre est à la fois beau et difficile. À l’image d’une cathédrale, suggère Léon XIV, bâtiment somptueux et visible de tous, mais exigeant, composé de différents espaces, comme autant de ressources pour se tourner vers Dieu, travailler à l’unité de l’Église ou se laisser envoyer vers la ville et dans le monde.

S’adressant aux prêtres de Madrid, le 9 février 2026, le pape a-t-il en tête sa prochaine venue en Espagne pour célébrer une étape décisive des travaux de la Sagrada Familia de Barcelone ? En tout cas, il leur adresse un signe positif de proximité et d’espérance. Néanmoins son message au ton très paternel a du mal à cacher une forme d’inquiétude.

Le pape n’évoque pas les scandales des inconduites et des délits des prêtres. Il sait que le sujet est particulièrement sensible en Espagne où, à la différence de la France, ce n’est pas l’Église qui est jugée laxiste mais les pouvoirs publics qui ont réagi avec le plus de détermination, infusant parmi les prêtres un sentiment de traque. Léon XIV évoque plutôt dans son message une série de fragilités auxquelles les prêtres sont confrontés, le poids de leur charge de travail mais plus encore le climat social et culturel dans lequel ils exercent : absence d’ouverture à la transcendance, promesses non tenues de la société du bien-être, etc.

L’évêque de Rome souligne de manière discrète mais réelle le risque, pour les prêtres, de se détacher du Christ, qui est finalement leur seule certitude. Pour éviter cela, il les appelle à être attentifs à la célébration des sacrements, dont ils sont à la fois les ministres et les destinataires. Le pape craint-il – au point de devoir en rappeler l’importance – qu’ils ne se confessent pas ou n’adorent pas suffisamment le saint sacrement ? Serait-il inquiet pour les prêtres ? Mais, alors, de quoi ?

À l’école de saint Augustin, l’inquiétude n’est pas une chose à éviter. Elle est comme le moteur d’une vraie quête spirituelle, qui ne se considère jamais arrivée, toujours « inquiète » de ne pas trouver le véritable visage de Dieu. Et pour peu qu’il y parvienne, le fidèle - le prêtre en l’occurrence - est poussé à ne pas s’installer dans ce face-à-face mais à sortir de lui-même pour aller l’annoncer dans l’inconfort du monde.

 

Enfin, degré supplémentaire d’inquiétude, à l’image de sainte Monique, mère d’Augustin, se ronger les sangs à cause du vrai bonheur d’autrui, de sa capacité à connaître le bien véritable. Cette vision de « l’inquietus » chrétien (« mon cœur est sans repos », écrivait saint Augustin) est porteuse, on le voit bien, d’un élan missionnaire généreux.

Au fond, Léon XIV souhaite peut-être nous voir, nous les prêtres, « ses enfants », nous inquiéter un petit peu plus. Je le reçois comme une invitation à la marche en avant. Son prédécesseur, François, nous demandait de sortir de nos canapés. Le style est différent, mais le message est le même.