
Léon XIV : les 10 phrases chocs de sa première année de pontificat
Par Youna Rivallain, La Croix
Connu pour son art de l’équilibre, Léon XIV n’a cessé, depuis son élection le 8 mai 2025, de semer les « points cardinaux » de son pontificat, à travers des gestes mais aussi des phrases marquantes. Retour sur les dix paroles les plus emblématiques de cette première année du pape Léon XIV.
À la loggia, le 8 mai 2025 : « Une paix désarmée et désarmante »
Lors de sa première prise de parole, le nouveau pape à peine élu donne déjà le ton. « La paix soit avec vous tous », insiste-t-il d’emblée, répétant plusieurs fois les paroles du Christ ressuscité. « Je voudrais moi aussi que ce salut de paix entre dans vos cœurs, qu’il parvienne à vos familles, à tous les hommes, où qu’ils soient, à tous les peuples, à toute la terre. » Léon XIV annonce déjà ce qui marquera la première année de son pontificat – et sans doute la suite : « C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. »
Dans sa première homélie, le 9 mai 2025 : « Jésus ne peut pas être réduit à un super-homme »
Le lendemain de son élection, il prononce sa première homélie en tant que pape. « Aujourd’hui encore, nombreux sont les contextes où la foi chrétienne est considérée comme absurde, réservée aux personnes faibles et peu intelligentes, déplore Léon XIV. Il s’agit d’environnements où il n’est pas facile de témoigner et d’annoncer l’Évangile (…). Et pourtant, c’est précisément pour cette raison que la mission est urgente en ces lieux. (…) Aujourd’hui encore, il existe des contextes où Jésus, bien qu’apprécié en tant qu’homme, est réduit à une sorte de leader charismatique ou de super-homme, et cela non seulement chez les non-croyants, mais aussi chez nombre de baptisés qui finissent ainsi par vivre, à ce niveau, dans un athéisme de fait. »
A propos de l’IA comme enjeu du siècle, le 10 mai 2025 : « L’Église offre à tous le trésor de son enseignement social en réponse à une autre révolution industrielle »
Deux jours après son élection, Léon XIV aborde auprès des cardinaux le sujet de la position de l’Église sur l’intelligence artificielle (IA) – qui devrait être au cœur de sa première encyclique Magnifica humanitas. « L’Église offre à tous le trésor de son enseignement social en réponse à une autre révolution industrielle et aux développements dans le domaine de l’intelligence artificielle qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. »
Au Jubilé des jeunes, le 3 août 2025 : « Aspirez à la sainteté, ne vous contentez pas de moins »
À Tor Vergata, devant un million de pèlerins rassemblés pour le Jubilé des jeunes, Léon XIV conclut la messe en insistant : « Aspirez à de grandes choses, à la sainteté, où que vous soyez. Ne vous contentez pas de moins. Vous verrez alors grandir chaque jour, en vous et autour de vous, la lumière de l’Évangile. » Un peu plus tôt, lors d’un temps de questions-réponses avec les jeunes, le pape s’était étendu sur l’amitié, en citant saint Augustin : « Saint Augustin nous dit : “Il n’y a pas d’amitié authentique si elle n’est pas en Christ.” – (…) L’amitié avec le Christ, n’est pas seulement une aide parmi tant d’autres pour construire l’avenir, elle est notre étoile polaire. (…) Chers jeunes, aimez-vous les uns les autres ! Aimez-vous dans le Christ ! Sachez voir Jésus dans les autres. L’amitié peut vraiment changer le monde. »
Au Liban, le 2 décembre 2025 : « Je porte en moi la douleur et la soif de vérité et de justice de tout un pays »
Bien souvent, Léon XIV semble davantage parler avec le silence qu’avec les mots. Son premier voyage apostolique au Liban, et notamment son moment de prière sur le port de Beyrouth, est de ces moments suspendus. Le 2 décembre 2025, soit plus de cinq ans après l’explosion qui a ravagé le port de la capitale libanaise, faisant plus de 200 morts et laissant un profond traumatisme dans le pays, Léon se recueille en silence. « Je viens de me rendre sur le lieu de l’explosion, au port, pour prier. Je porte en moi la douleur et la soif de vérité et de justice de tant de familles, de tout un pays », évoque-t-il dans son homélie.
Dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026 : « Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre »
C’est un des moments clé de cette première année de pontificat, où le logiciel de « paix intégrale » de Léon XIV commence à prendre toute sa dimension. Dans son homélie, place Saint-Pierre, lors de la messe du dimanche des Rameaux, quelques semaines après l’offensive israélo-américaine en Iran, le pape continue de prêcher la paix. « Voici notre Dieu : Jésus, roi de la paix », insiste Léon, en faisant référence à l’arrivée de Jésus à Jérusalem lors des Rameaux. « Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : “Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang” », affirme-t-il en citant Isaïe.
Lors du chapelet pour la paix, le 11 avril : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! »
Lors du chapelet pour la paix, et alors que Donald Trump a menacé quelques jours plus tôt d’anéantir la civilisation iranienne, Léon déclare (sans citer Donald Trump) : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. » Ces mots déclenchent une virulente réplique du président américain sur les réseaux sociaux. « Le pape Léon est faible en criminalité et nul en politique étrangère, lance Donald Trump sur son réseau Truth Social. Je ne suis pas un grand fan du pape. »
À Annaba, le 14 avril : « Ce voyage est un don (...) à toute l’Église par l’intermédiaire d’un pape augustinien »
Tout au long de sa première année de pontificat, le pape augustinien n’a cessé de rappeler son lien avec l’évêque d’Hippone. « Je suis un fils de saint Augustin », annonçait-il dès son élection. À Annaba en Algérie, l’actuelle Hippone, Léon XIV est parti sur les traces de son père spirituel. « C’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente », a-t-il insisté, face aux quelques milliers de catholiques algériens, avant de conclure : « Ce voyage est pour moi un don particulier de la Providence de Dieu, un don que le Seigneur a voulu faire à toute l’Église par l’intermédiaire d’un pape augustinien. »
À Bamenda, le 16 avril : « Le monde est détruit par quelques dominateurs et maintenu sur pied par une myriade de frères et sœurs solidaires ! »
À Bamenda, dans l’ouest du Cameroun meurtri par des décennies de violences, Léon XIV dénonce ceux qui sont responsables des maux des populations : « Le monde est détruit par quelques dominateurs et maintenu sur pied par une myriade de frères et sœurs solidaires ! » En anglais, c’est bien le terme de « tyrans » qu’utilise le pape. Un mot fort, qui reviendra régulièrement au cours de ce voyage en Afrique.
Quelques heures plus tôt, face à un Paul Biya impassible, président du Cameroun au pouvoir depuis 1982, Léon avait appelé fermement à « la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit », qui vont de pair avec la nécessité de « briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité » et de « libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie ». Il avait même enjoint à ceux qui exercent de « hautes fonctions » de mener une vie « intègre ».
Face aux étudiants camerounais, le 17 avril : « Ne détournez pas le regard »
À l’Université catholique d’Afrique centrale à Yaoundé (Cameroun), face à 8 000 personnes, le pape a repris la parole sur l’intelligence artificielle, insistant notamment sur la polarisation. « Le défi que posent ces systèmes (…) ne concerne pas seulement l’utilisation de nouvelles technologies, mais le remplacement progressif de la réalité par sa simulation (…). Lorsque la simulation devient la norme, on vit comme dans des bulles perméables les unes aux autres. C’est ainsi que se propagent la polarisation, les conflits, les peurs et la violence. Ce n’est pas un simple risque d’erreur qui est en jeu, mais une transformation du rapport même à la vérité. » Il insiste ensuite sur le revers des nouvelles technologies, « les ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares ». D’où son avertissement : « Ne détournez pas le regard : c’est un service rendu à la vérité et à l’humanité tout entière. »