La femme ressuscitée
Une femme qui pleure dans un parc, au matin. De loin, ceux qui l’épient ricanent en secret, imaginant sans peine ce qui l’amena là. « Des amours faciles, et bientôt consolés ! » elle trouvera ici une nouvelle victime, et l’homme précédant sera vite oublié. Mais pourquoi ce tombeau, dans lequel elle se penche ? Voudrait-elle cacher son chagrin éphémère
, enterrer la précédente histoire, enfouir dans le passé cette peine de cœur ?
La voilà qui ressort, et sa prochaine conquête, venue d’on ne sait où, s’avance à grand pas. Un bel homme, au visage rayonnant de soleil. Et déjà de sa voix douce comme le miel, il prend dans ses filets la victime consentante. Vraiment, en peu de temps, la voilà consolée…
Elle tombe aux pieds de l’homme, foudroyée par l’amour. Elle retient de ses mains la foulée si puissante qui arpentait à l’aube le jardin magnifique. Mais quoi, le maître aux pas si lestes ne se laisse pas faire, et d’un geste superbe d’une tendresse infinie, bénit de sa main droite la femme, comme morte, effondrée à ses pieds.
Que lui dit-il alors ? Quelle parole a pu relever la gisante, redresser la pécheresse ? D’où vient que ce regard tout à l’heure éploré, brouillé par le regret, masqué par trop de fard a soudain la candeur des femmes les plus nobles ? Elle court, libre, loin de lui. Et les hommes épiant ont une envie soudaine, entendre la nouvelle proclamée par Marie, et témoigner aussi : ce matin, au tombeau, une femme brisée a retrouvé la vie.
Extrait de Signes dans la Bible (2015)