
Le temps des cerises
Agir en secret, se parfumer pour un rendez-vous… Pourquoi nos exercices de piété ont-ils souvent un goût de carême, alors qu’ils devraient respirer un parfum d’adolescence ? N’entendons-nous pas, dans l’évangile, un écho de ce temps des premiers rendez-vous d’amour, quand il importe que personne n’en sache rien, ni les amis, ni les frères et sœurs, ni surtout les parents qui ne comprendraient rien. Alors on prétexte d’aller travailler chez un ami pour couvrir le rendez-vous secret. On guette fiévreusement le courrier pour être le premier à trouver cette lettre tant attendue, afin qu’elle ne suscite pas la question indiscrète de maman, le sourire amusé de papa. On met même, pour la première fois, un peu de parfum pour plaire à l’être aimé – mais pas trop, de crainte d’être repéré.
Marcel Pagnol le savait bien : ce temps des amours, c’est le temps des secrets. Parce que l’amour naissant a besoin d’être protégé, parce qu’il a besoin de construire en silence cette intimité sans laquelle il n’y a pas d’amour du tout. L’exposer trop vite à la lumière, c’est l’aveugler et bientôt le dessécher. Laissons-le croître dans l’ombre ou, comme le dit Jésus, dans le secret.
Voilà comment Jésus nous invite à vivre le jeûne, comme il nous invite à vivre la prière, le partage et tout ce qui fortifie notre vie chrétienne : comme la construction de notre intimité avec Dieu, comme l’apprentissage du simple plaisir d’être l’un avec l’autre.
Extrait de Signes dans la Bible (2015)